Publié le 8 octobre 2024

Les mines de quartz de Spruce Pine en Caroline du Nord sont arrêtées à cause des dégâts liés à l'ouragan Hélène, et ce blocage pourrait impacter lourdement le secteur de la tech ou encore de la fabrication des panneaux solaires. Ces mines représentent en effet 80% de la production mondiale de quartz à haute pureté. Une crise qui illustre la fragilité de nos économies face aux crises climatiques.

Alors que l'ouest des Etats-Unis déplore déjà plus de 200 morts et des milliards de dollars de destructions suite au passage de l'ouragan Hélène, les dégâts continuent de s'accumuler. Les inondations provoquées par la catastrophe climatique en Caroline du Nord menacent ainsi de bloquer la mine de quartz de Spruce Pine. Une mine cruciale pour les industries du numérique et de l'énergie solaire, puisque c'est la seule au monde capable de produire un quartz suffisamment pur pour être utilisé dans la production de semi-conducteurs et des alliages nécessaires à la fabrication des panneaux solaires photovoltaïques.

Les deux usines du groupe belge Sibelco et de Quartz Corp (appartenant en partie au groupe minier français Imerys), ont en effet été arrêtées le 26 septembre dernier, ce qui pourrait sévèrement perturber les chaînes d'approvisionnement du monde de la tech et des énergies renouvelables, puisqu'elles représentent 80% de la production mondiale de quartz de très haute pureté.

Mine de quartz de Spruce Pine : toujours pas de reprise d'activité

Près de 10 jours plus tard, les activités n'avaient toujours pas repris le 4 octobre, date du dernier communiqué de Sibelco. Ce dernier assurant travailler au "rétablissement de l'électricité" sur le site, et tente de rassurer en expliquant que ses infrastructures n'ont "subi que des dommages mineurs". Mais pour l'heure, les 500 employés du groupe dans la région n'ont pas pu reprendre le travail. L'ensemble des infrastructures régionales, notamment les réseaux électriques, mais aussi les réseaux routiers et ferroviaires, ainsi que les systèmes de communication, ont en effet été profondément endommagés par l'ouragan Hélène. La reconstruction pourrait prendre du temps, alors que les services de secours sont encore débordés, et le retour à la normale pourrait ne pas advenir avant plusieurs jours, voire semaines. D'autant que la région pourrait très prochainement être affectée par un deuxième ouragan, l'ouragan Milton, qui pourrait frapper le sud-ouest des Etats-Unis par la Floride dans les prochains jours.

En attendant, Sibelco assure avoir pour l'instant des solutions alternatives et notamment des stocks suffisants pour répondre à la demande à cour terme. D'autres fournisseurs, notamment dans le nord de l'Europe ou en Asie, pourraient également répondre en partie à la demande, mais à des coûts de production plus élevés, comme l'expliquent plusieurs experts du secteur à l'Usine Nouvelle. Sibelco explique en tout cas travailler "en étroite collaboration avec [ses] clients pour évaluer leurs besoins et planifier le redémarrage des expéditions de produits dès que possible". Mais si la situation se prolonge, elle pourrait provoquer des tensions dans les chaînes d'approvisionnement de plusieurs industries clés, notamment pour la production de panneaux solaires et de micro-processeurs.

Une dépendance critique face à la crise climatique

Quoi qu'il en soit, les mines de Spruce Pine illustrent la dépendance critique d'une partie des industries mondiales à certains matériaux, dont la production est parfois extrêmement concentrée. Face à la hausse de la demande pour du quartz de haute pureté dans les industries numériques et solaires, Sibelco avait déjà investi près de 200 milliards de dollars pour augmenter sa production. Mais c'est désormais la question de la résilience de ces chaînes d'approvisionnement qui se pose. Avec l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des événements météorologiques extrêmes, liée à la crise climatique, la concentration de la production dans des zones exposées aux catastrophes climatiques pourrait constituer une fragilité systémique pour le secteur.

Dans un rapport publié en 2021, l'agence de notation Moody's estimait qu'entre 20 et 25% des entreprises du secteur minier étaient exposées à un risque critique lié aux inondations, et près de 15% à un risque physique lié aux ouragans ou aux typhons. Des risques qui devraient augmenter dans les prochaines années, alors que la crise climatique continue de s'intensifier.

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